COMMUNIQUE DU 24 AVRIL 2026Objet : Nouvelle-Calédonie, en sus de la crise interne, le choc extérieur qui vient…
Régulièrement, dans la rue, de nombreux Calédoniens m’interpellent d’un simple et sympathique : « Comment allez-vous ? ». Difficile de répondre en quelques mots. Aussi ai-je souhaité, par ce texte, apporter un éclairage plus complet sur la situation que nous traversons.
Depuis plus de vingt ans, les alertes sociales, environnementales et sanitaires s’accumulent en Nouvelle-Calédonie. Pollutions, pressions sur les milieux naturels, gestion contestée des ressources, dossiers sanitaires non traités, inégalités socio-économiques insupportables, presse aux ordres : ces signaux faibles sont devenus, au fil du temps, les marqueurs d’un modèle à bout de souffle. Et mai 2024 est advenu. Inévitable.
Ces événements ont profondément touché la Nouvelle-Calédonie. La situation est critique, durablement dégradée. Dans ce contexte, la capacité de résilience du territoire apparaît très limitée et la perte de confiance est généralisée.
À cette fragilité interne s’ajoute désormais un facteur aggravant : le choc extérieur qui vient.
Ce qui se joue localement s’inscrit dans une dynamique mondiale qui nous dépasse. De forts déséquilibres sont alimentés par les conflits internationaux en cours, notamment au Moyen-Orient et en Europe, qui déstabilisent les flux énergétiques mondiaux et désorganisent durablement les chaînes d’approvisionnement.
L’inflation importée va s’intensifier sous l’effet de la hausse des coûts du transport, des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, du renchérissement des matières premières et de la recomposition des rapports économiques.
Ce contexte annonce un ralentissement global, avec des risques de récession dans de nombreuses régions.
Seuls quelques grands pays, disposant de ressources abondantes ou de marges financières importantes, pourront amortir le choc.
Pour un petit territoire insulaire, éloigné et dépendant (et une « puissance administrante » ruinée), les conséquences sont immédiates : augmentation du coût de la vie, difficultés d’approvisionnement et risques de pénuries sur des produits essentiels (alimentation, énergie, médicaments) mais aussi isolement accru du territoire via des perturbations du trafic aérien : rotations réduites et billets plus chers.
Ce qui, ailleurs, est une contrainte devient ici une vulnérabilité majeure.
La hausse des coûts et les tensions sur les approvisionnements désorganisent l’appareil économique. La mécanique est alors implacable : l’activité ralentit, l’emploi se dégrade, les revenus chutent et la demande s’effondre à son tour.
La récession s’installe et s’auto-alimente.
Les conséquences sociales seront majeures :
• nouvelle montée du chômage,
• précarisation rapide d’une part croissante de la population,
• tensions accrues sur les prix des biens essentiels,
• dégradation des conditions de vie (accès à la santé, insécurité…
.Le problème n’est pas seulement l’existence de ces crises. C’est leur cumul.
Dans un territoire déjà fragilisé, ce choc économique alimentera inévitablement tensions et instabilité.
Le déficit de confiance dans un personnel politique profondément discrédité réduit encore les perspectives de sortie de crise.
Le risque n’est plus seulement de subir une crise. Il est de ne pas pouvoir y faire face.
Il nous faut désormais prendre la mesure du naufrage qui nous menace.
Ce qui nous semble promis, c’est du sang et des larmes.
Pour EPLP,
Martine Cornaille
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