COMMUNIQUE DU 7 JUIN 2026Objet : Exposition de la population calédonienne au mercure – analyse et enjeux de santé publique
En bref…
En Nouvelle-Calédonie, même en considérant des hypothèses très conservatrices, les consommateurs de poissons pélagiques sont exposés à des niveaux de mercure dépassant les seuils sanitaires, parfois jusqu’à 130 % (et 200% chez les jeunes consommateurs de faible poids). Cette situation est connue via les alertes lancées sans relâche par EPLP depuis près de 15 ans. Pourtant, aucune mesure efficace n’a été prise par les pouvoirs publics pour éviter cette contamination. EPLP a dû engager un bras de fer judiciaire non encore achevé. A ce stade, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie prétend devant le juge vouloir « éviter une mauvaise interprétation » des résultats d’analyse qu’il détient et retient avec une admirable constance…
______________________________
Nous avons effectué l’analyse croisée des données de contamination mercurielle des poissons grands pélagiques (notre étude a retenu exclusivement les thons -blancs, jaunes, obèses-, marlins et espadons) et des niveaux de leur consommation locale.
NB : le mercure ne disparaît pas à la cuisson…
Même en retenant des hypothèses très conservatrices, notre analyse met en évidence une situation particulièrement préoccupante au plan sanitaire.
En excluant uniquement les très jeunes enfants non consommateurs (proportion d’environ 6% selon ISEE NC), l’exposition moyenne théorique d’un Calédonien atteint déjà 105 % de la dose tolérable annuelle définie par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) .
Lorsque l’on retient une hypothèse de 200 000 consommateurs réguliers, cohérente avec le fait que certaines espèces fortement contaminées ne sont pas consommées uniformément en raison notamment de la diversité des cultures humaines du Caillou et du coût de ces produits, cette exposition atteint environ 130 % de la dose tolérable.
D’autre part, ces calculs reposent sur des concentrations moyennes. Ils masquent ainsi des niveaux de contamination particulièrement élevés observés pour certaines espèces, notamment le marlin et l’espadon, dont les teneurs peuvent atteindre des niveaux très supérieurs aux seuils de commercialisation en vigueur dans d’autres juridictions, notamment en Union européenne (qui a refusé l’import de ces produits dès 2012 en raison de leur niveau élevé de contamination mercurielle).
Le mercure, sous forme de méthylmercure, présente des caractéristiques toxicologiques particulièrement préoccupantes :
• il est bioaccumulable, c’est-à-dire qu’il s’accumule dans l’organisme au fil du temps ;
• il est persistant, avec une élimination lente, conduisant à une exposition chronique ;
• il franchit la barrière placentaire, exposant directement le foetus ;
• il affecte en priorité le système nerveux en développement, avec des effets irréversibles sur les fonctions cognitives et neurologiques ;
• c’est aussi un perturbateur endocrinien de la glande thyroïde.
Ainsi, l’exposition au mercure ne peut être appréciée uniquement au regard d’un seuil théorique, mais doit être envisagée comme une exposition chronique cumulative, dont les effets s’inscrivent dans la durée et peuvent concerner plusieurs générations.
Dans ce contexte, le fait que les niveaux moyens d’exposition atteignent ou dépassent les seuils sanitaires constitue un signal d’alerte majeur (confirmé par l’ANSES en 2019 dans une étude spécifique dédiée aux poissons de Nouvelle-Calédonie diligentée par le gouvernement de la NC sous la pression d’EPLP) .
Il convient également de souligner que les niveaux de contamination des grands pélagiques commercialisés en Nouvelle-Calédonie sont connus depuis de nombreuses années. Les rares données produites par la DAVAR attestent de concentrations élevées depuis le milieu des années 2000.
L’association EPLP a, à plusieurs reprises, alerté les autorités sur les risques sanitaires associés à cette situation.
Malgré ces alertes répétées, aucune mesure structurelle n’a été mise en oeuvre pour réduire l’exposition de la population. Les produits sont toujours commercialisés et l’information du public demeure très limitée et insuffisamment protectrice, notamment à l’égard des populations vulnérables (femmes en âge de procréer -notamment enceintes ou allaitantes-, nourrissons et jeunes enfants, personnes âgées car forte bioaccumulation au fil du temps, pêcheurs sportifs consommant régulièrement leurs grosses prises… ) .
Cette situation traduit une carence persistante des pouvoirs publics dans la gestion d’un risque sanitaire pourtant bien documenté.
En maintenant la commercialisation et la consommation d’espèces fortement contaminées, les autorités contribuent à l’exposition durable de la population à un contaminant reconnu puissant neurotoxique (l’OMS classe le mercure parmi les 10 toxiques les plus préoccupants !) .
Dans ces conditions, la responsabilité des pouvoirs publics est susceptible d’être engagée, en raison de leur abstention à prendre les mesures nécessaires pour prévenir un risque sanitaire connu. EPLP est sur le pont…
Pour EPLP, Martine Cornaille
Méthodologie – Comment l'exposition a été estimée
La présente analyse vise à estimer l'exposition théorique de la population calédonienne au mercure résultant de la consommation de poissons hauturiers.
L'estimation repose sur le croisement :
•des données de production et d'exportation des principales espèces de poissons pélagiques ;
•des concentrations en mercure mesurées dans ces espèces par les services publics calédoniens ;
•et des valeurs sanitaires de référence établies par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) .
Seules les espèces suivantes ont été prises en compte :
•thon blanc (germon) ;
•thon jaune (albacore) ;
•thon obèse (bacchi) ;
•marlin ;
•espadon.
La consommation locale retenue est de 2 082 tonnes par an. Les concentrations utilisées correspondent aux teneurs moyennes en mercure mesurées entre 2005 et 2015, aucune actualisation exhaustive de ces données n'ayant été publiée depuis lors.
Les résultats sont comparés à la dose hebdomadaire tolérable de méthylmercure définie par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), soit 1,3 μg par kilogramme de poids corporel et par semaine.
Cette analyse constitue une estimation prudente destinée à apprécier les ordres de grandeur de l'exposition collective de la population.
Pourquoi notre estimation est largement sous-évaluée
Notre analyse repose sur des hypothèses volontairement conservatrices.
Seuls cinq grands poissons pélagiques ont été intégrés aux calculs. N'ont notamment pas été pris en compte :
•les autres poissons consommés localement ;
•les crustacés et mollusques ;
•certaines viandes susceptibles de contenir du mercure (ex. gibier) ;
•les fortes disparités individuelles de consommation ;
•les expositions environnementales non alimentaires.
Par ailleurs, les calculs reposent sur des concentrations moyennes qui masquent des situations beaucoup plus défavorables. Ainsi, le marlin présente une concentration moyenne de 4,47 mg/kg mais des valeurs pouvant atteindre 20,67 mg/kg, tandis que l'espadon peut atteindre 5,03 mg/kg. Les autres sources alimentaires de mercure ne sont pas prises en compte. Les résultats obtenus doivent donc être considérés comme des estimations minimales de l'exposition réelle de la population.
Résultat principal
Selon les hypothèses basses retenues :
•l'exposition moyenne de la population atteint déjà environ 105 % de la valeur sanitaire de référence de l'EFSA ;
•elle atteint environ 130 % pour les consommateurs réguliers de grands poissons pélagiques ;
•et dépasse 200 % chez les jeunes consommateurs.